Michèle Chabelski a vu « Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan »

Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan

Un film de Ken Scott

d’après l’autobiographie de Roland Perez

Elle aime dieu d’une foi de marbre que jamais n’effleure le doute. 

Elle aime son fils comme elle aime Dieu, sans le moindre doute  sur sa capacité à vivre heureux. 

Elle, c’est Esther Perez. 

Lui c’est Roland Perez, dernier ne d’une importante fratrie, lesté d’un pied bot qui devrait normalement l’empêcher de marcher. 

Dieu.. ben c’est Dieu..

Et Esther semble le bras armé sur terre d’un dieu omnipotent.

 Ce que dieu lui souffle, elle le fait.

Ce que Dieu permet, elle le réalise. 

Mais en fait Dieu c’est  elle dans l’histoire.

Celle qui avance sur un chemin de rocaille où elle s’abîme les pieds sans éprouver de douleur, ne lâchant jamais du regard l’objectif qu’elle s’est fixé: assurer à son fils une vie normale de bonheur.

Et armée de sa seule foi et de son amour infini pour son fils, de son invincible courage et de cet objectif qui transcende le quotidien, elle va faire plier le monde et la science , dé ployant un credo auquel elle ne renoncera jamais : rendre à son fils une vie normale que le handicap semblait lui interdire dès la naissance.

Alors bien sûr se déroule sur l’écran l’histoire de cette mère juive marocaine, puisque le film est tiré d’une autobiographie de Roland Perez, juive comme l’archétype souvent raillé de la mère juive, qui embrasse et saisit l’univers pour l’offrir à son fils chéri, sonfilskilebo, somme de tous ses espoirs et de tout son amour.

 Mais bien évidemment cette mère pieuvre qui a tissé un lien ruban d’acier entre le ciel et et elle deviendra au fil du temps encombrante dans un monde où son fils adulte ne lui reconnaîtra plus son statut de Vishnu aux quatre bras, désireux d’apparaître normal dans un monde normal , délesté de cette mère sublime devenue pharaonique et gênante.

Et Sylvie Vartan?

Eh bien Sylvie Vartan ourle tout le film de ses succès qui ont accroché l’enfant au monde extérieur, cette idole ayant serpenté  sur le long chemin vers la guérison, lui ayant au passage permis d’apprendre à lire et d’éviter les turpitudes d’une administration autiste.

  Et l’on verra Roland Perez rendant grâce à Sylvie qui lui accordera plus tard une efficace et affectueuse collaboration.

  Beaucoup de clichés, certes dans ce film. 

Beaucoup d’émotion aussi, chaque plan pique un peu les yeux, la gorge nouée intime aux larmes de ne pas couler. 

Peine perdue. 

Elles coulent.

 Si elles coulent c’est grâce à une très grande, immense actrice, dont les yeux sollicitent , quémandent, pleurent, supplient, de l’amour cascadant du premier au dernier plan, j’ai cité, Leïla Bekhti, révélée dans un rôle d’une grandeur inattendue, nous offrant un moment de pur bonheur cinématographique.

Elle est de toute sa peau, de toute son âme cette mère juive, incarnation de toute femme dont une foi incandescente éclaire le chemin, elle est cette maman portant son fils devenu lourd et encore incapable de marcher, elle est cette héroïne porteuse d’une espérance mystique, cette femme qui mènera à terme sa croisade contre une escouade médicale dont le verdict condamnait l’enfant.

Jonathan Cohen est cet enfant adoré devenu adulte, avocat prospère dont même la mère toute- puissante sera incapable de retenir la digue qui s’écrase devant lui.

 Une relation fusionnellle parfois étouffante fascine ici par la magie d’un jeu d’actrice qui lui permet de traverser quatre décennies sans jamais côtoyer l’approximation ou le ridicule.

Les personnages secondaires restent évidemment assez falots dont le père qui tente maladroitement de trouver sa place dans ce couple mère- fils qui occupe l’espace et le temps tout au long du film.

Je le répète : un pur moment de plaisir cinématographique.

© Michèle Chabelski

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1 Comment

  1. Leila Bekhti est une immense actrice, et dans son dernier film, je ne vois personne d’autre qui aurait pu incarner cette mère admirable.Il faut aller absolument voir ce film.Et revoir »Tout ce qui brille » et « Avant l’hiver ».Ce qui brille, qui illumine, c’est Leila Bekhti.

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