Val-d’Oise : l’opération de police visant les opposants iraniens a-t-elle été menée à la demande de Téhéran ?

Pour le Conseil national de la résistance iranienne, les contrôles qui ont été menés au siège de l’une de leurs associations ont été commandités par l’Iran. Il estime qu’il s’agit d’une contrepartie de la libération de Louis Arnaud par le régime des mollahs le même jour.

Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise), le 12 juin. Les services de l’Urssaf, les pompiers et la police aux frontières ont réalisé des opérations de contrôle au sein de l’association Cima. DIPN 95

Ce sont deux événements qui se sont produits le même jour. Le 12 juin dernier, une association satellite de l’Organisation des moudjahidines du peuple iranien (OMPI) faisait l’objet d’une opération de police dans ses locaux de Saint-Ouen-l’Aumône. Cette dernière établit un lien avec la libération, le même jour, de Louis Arnaud. Ce voyageur de 35 ans avait arrêté le 28 septembre 2022 à Téhéran et condamné à cinq ans de prison ferme, accusé d’avoir participé à des manifestations.

La police a communiqué le soir même sur l’opération qui visait les locaux de l’association Sima, un site qui avait été la cible de plusieurs attaques un an plus tôt. Des coups de feu avaient été tirés sur le bâtiment et quelques jours plus tard, un engin incendiaire avait atterri sur l’entrée, en pleine nuit, sans faire beaucoup de dégâts. Le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), dont la principale composante est l’OMPI, avait dénoncé une agression commanditée par Téhéran. Lors de leur intervention, au moins une quinzaine de personnes se trouvaient sur place, alors qu’il ne s’agit pas de locaux d’habitation.

Il n’est pas si surprenant qu’un an plus tard les services de l’État aient cherché à mener des vérifications sur ce bâtiment et les personnes qui y travaillent. Le 12 juin au matin, les services de l’Urssaf se sont présentés pour vérifier qu’il n’y avait pas de travail non déclaré. Les sapeurs-pompiers ont contrôlé les normes de sécurité pour les bâtiments recevant du public. Enfin la police aux frontières a vérifié si tous les occupants étaient en situation régulière, avec le concours du commissariat de Cergy.

Pour le CNRI, il est évident que les services de l’État ont agi sur demande du gouvernement iranien, en contrepartie de la libération de Louis Arnaud. Les opposants iraniens s’appuient sur le fait que cette opération de police, d’ordre purement administratif, a été largement déformée et amplifiée par les médias affiliés au régime de Téhéran. Curieusement, le premier média à évoquer cette opération de police assez banale, annonce de façon erronée une « perquisition ». Ne s’agissant pas d’une procédure judiciaire, ce n’est pas sur cette base qu’a eu lieu l’intervention de la police.

Une demi-heure plus tard, l’agence de presse Tasnim, liée aux Gardiens de la révolution, reprend les propos et la photo diffusée par LCI. Le lendemain, d’innombrables sites vont évoquer cette affaire de façon très exagérée. Certains articles vont jusqu’à faire état d’une importante saisie d’armes. Un haut responsable de l’appareil judiciaire iranien, Kazem Gharibabadi, déclare sur X (ex-Twitter) : « L’Iran a pu surveiller cette opération en direct. Nous ne laisserons aucun lieu sécurisé pour les terroristes. »

Pas de découverte d’arme dans cette opération purement administrative

Une source policière confirme au “Parisien” qu’il n’y a eu aucune découverte d’arme lors de cette opération. Le bilan des contrôles menés par l’Urssaf n’a pas été communiqué par la préfecture du Val-d’Oise. Le service départemental d’incendie et de secours a relevé plusieurs manquements aux règles de sécurité (notamment un manque d’extincteurs), mais n’a pas ordonné la fermeture des locaux. La police aux frontières a contrôlé 51 personnes et arrêté deux hommes de 59 et 60 ans et une femme de 66 ans, considérés comme étant en situation irrégulière. Ils ont été placés en rétention administrative.


Ces deux hommes disposaient d’une carte de séjour italienne et allemande. Leur avocat a obtenu leur remise en liberté trois jours après leur placement en rétention. La femme, qui avait un permis de séjour allemand, a obtenu la même chose. « Elle était en situation régulière, C’est pour ça que la retenue administrative a été jugée dépourvue de fondement », indique Me Samy Djemaoun, qui l’a défendue. Il précise que les policiers ont eu la confirmation de l’authenticité du titre de séjour auprès de l’Allemagne pendant la retenue administrative. « Je n’avais jamais vu ça », indique l’avocat spécialisé en droit des étrangers.

Après la remise en liberté, la préfecture a demandé une assignation à résidence de 45 jours, le temps qu’elle soit éloignée vers l’Allemagne. La justice a ensuite annulé cet arrêté qui actait de son renvoi vers l’Allemagne et l’assignation à résidence. « La personne n’avait pas prévu de rester, elle avait déjà son billet d’avion de retour. Ça n’avait aucun sens », ajoute Samy Djemaoun. « Ce comportement n’est pas justifié, sauf si on le met en lien avec la libération de l’otage », estime Afchine Alavi, porte-parole du CNRI.

Silence du ministère des Affaires étrangères

Pour Thierry Coville, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques et spécialiste de l’Iran, il n’y a rien de surprenant à voir la propagande du régime iranien autour de l’OMPI et ses émanations. « C’est de loin l’organisation d’opposants la plus organisée et la plus active », souligne-t-il. Elle dispose de moyens de communication importants. Mais elle est devenue très impopulaire auprès de nombreux Iraniens à la suite du soutien qu’elle a apporté à Saddam Hussein alors que ce dernier avait attaqué l’Iran après la révolution (la guerre Iran-Irak a conduit à près de 500 000 morts en Iran).

Sur une possible action de la France sur demande de Téhéran contre l’OMPI, Thierry Coville n’est pas en mesure de répondre. « Du temps de Sarkozy, c’était très clair qu’il y avait un accord. Là, je ne sais pas », indique-t-il. En 2003, une vaste opération antiterroriste mobilisant 1 300 policiers avait été menée au siège de l’OMPI à Auvers-sur-Oise. 164 personnes avaient été arrêtées. L’instruction s’était conclue par un non-lieu, d’abord sur le volet terroriste en 2011, puis sur le volet financier en 2014. Sollicité à propos de cette affaire, le cabinet du ministre des Affaires étrangère n’a pas répondu à nos questions. « Nous ne faisons aucun commentaire sur les opérations menées par les forces de l’ordre », déclare-t-il.

© Thibault Chaffotte 

Source: Le Parisien

https://www.leparisien.fr/val-d-oise-95/val-

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1 Comment

  1. cela n’aurait rien de surprenant. La France et la plupart des pays d’Europe de l’ouest sont déjà de facto des dictatures islamonzies. On peut également ajouter le Canada, et les USA, en cas de victoire du camp “démocrate”, rejoindront définitivement l’axe du Mal.
    Lorsque le boucher de Téhéran a été éliminé par Tsahal, l’Europe a émis des condoléances au régime iranien !

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