Tribune Juive

Archives 2018. Chercher à distinguer l’islamisme de l’islam, je n’y étais pas parvenue Il y a 6 ans. Faut-il définitivement dire « l’islam » au lieu que de dire « l’islamisme »

Chaque jour du mois d’août, Tjinfo propose à ses lecteurs un article qui les a réunis

Sarah Cattan : chercher à distinguer l’islamisme de l’islam, je n’y étais pas parvenue Il y a 4 ans

C’était il y a 6 ans. Entre temps, j’ai essayé. J’y ai mis de la bonne volonté, du temps, des lectures, Mais en vain.

Aujourd’hui 26 octobre 2020, bien plus qu’il y a 4 ans,  il est mal vu d’écrire cela: Nous  voilà tous préférant nous étriller sur des débats interminables, redondants et vains. Comme si nous en avions encore les moyens.

Aujourd’hui 26 octobre, le hashtag #boycottfrance #boycottfranceproducts #قاطعوا_المنتجات_الفرنسية  fait florès et il n’est que de voir la folie de cette référence au prophète devenue un tic langagier pour se demander comment diable lutter contre « la chose » si ce n’est en boutant hors du pays tous les contrevenants et porteurs de haine à l’encontre de la France. Il faut cliquer sur le lien qui suit pour comprendre qu’il s’agit à tout le moins d’une maladie profonde, comme en ont connu toutes les religions, – Je n’oublierai jamais le suicide d’Esti Weinstein, suicide dont sont responsables les ultra orthodoxes juifs de la secte hassidique Gur-, mais s’agissant de la religion d’amour et de paix, la maladie s’est généralisée:

https://fb.watch/1mvHlM97Dg/

Aujourd’hui 26 octobre Il n’est que de savoir que l’imam Chalghoumi, escorté de ses avocats et protégé par ses gardes du corps passera sa journée au commissariat pour déposer plainte au vu des 99 menaces de mort qu’il a reçues pour avoir exprimé son lien et sa fidélité à la France.

«Je suis fier d’être de ce peuple», s’émeut Hassen Chalghoumi

il y a 4 ans donc… J’écrivais ça:

Alors que Nice n’a pas séché ses plaies, me revient en mémoire la question que posait au monde musulman, en mars 2016, cette journaliste saoudienne : comment réagiriez-vous si des terroristes chrétiens se faisaient sauter en votre sein. Je me souviens de votre article, Nadine Al-Budair[1], car il intimait au monde musulman de cesser de s’absoudre de toute culpabilité. Ce matin, tôt, alors que seuls quelques paroissiens connaissaient Jacques Hamel, je me suis surprise à écrire un mail à mes deux enfants, les invitant à acter les nouvelles mesures du programme de l’EI, qui appelle cette fois à enlever des enfants. Car vous savez comme moi que ce qu’ils disent, ils le font. Entre temps, ils ont égorgé un prêtre au sein même de sa paroisse et ce n’est pas sombrer dans le pathos que de constater que le rythme de leurs attaques, en quelques jours, ici et là, s’accélère et se fait chaque fois plus terrorisant. Comme dans le théâtre tragique. Myriam, qui nous faisait partager avec justesse la très haute tenue, face aux attentats, du merveilleux peuple français qui la rendait si fière, aura-t-elle longtemps raison. Ne sentez-vous pas, comme moi, le bruit sourd de la tragédie qui se prépare.

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C’EST LE MENTAL QUI STRUCTURE LE CHEMIN DU TERRORISTE

Et d’abord en connaissez-vous beaucoup qui ne se soient pas exprimés au sujet de Lahouaiej-Bouhlel, le tueur de Nice, ici dans Tribune et ailleurs ? Sociologues, psychanalystes, musulmans, imams, philosophes, politiques, journalistes et journaleux, anonymes, spécialistes reconnus ou supposés, tout un chacun donna une nouvelle fois son avis, dans les media, sur les réseaux sociaux et dans nos estivales. Pour Patrick Amoyel par exemple, psychanalyste niçois spécialisé dans l’interculturel, membre du réseau Entr’Autres qui regroupe à Nice des psychologues qui connaissent bien le terrain du tueur de Nice, et qui se sont constitués en réseau national pour travailler sur la radicalisation, connu pour son travail sur le phénomène de radicalisation dans les quartiers musulmans de Nice avant de renoncer face à la poussée identitaire communautariste musulmane de certains de ses collègues, pour lui donc, le terroriste, en terme de psychiatrie, n’est pas si fou, et serait psychopathe plutôt que psychotique, si l’on considère que le psychotique est le fou classique, qui se prend par exemple pour Napoléon et est coupé de la réalité, lorsque le psychopathe vit dans la réalité, mais est détraqué : En fin de compte, c’est l’idéologie, le mental, qui structure le chemin du terroriste, conclut-il, expliquant comment celui-là se préparait bien depuis des semaines voire plusieurs mois. Pour lui, le drame de Nice aurait pu se produire n’importe où, s’agissant d’une lame de fond dans tout le monde musulman, d’êtres en rupture qui ne veulent plus penser l’intégration, plongés qu’ils sont dans cette musulmanité dont on se dispute de moins en moins pour savoir si elle est plus ethnico-culturelle que religieuse : elle est.

Notre spécialiste oppose les Salafistes quiétistes, opposés à l’action politique et gouvernementale, aux takfiristes, adeptes de la persécution violente des musulmans modérés et plus précisément aux takfiristes djihadistes, il nous parle de shahidisme plus que de terrorisme, et distingue subtilement le shahîd et le soldat du Califat : Cela explique Orlando et Nice. Il nous rappelle que Ennahda est la branche tunisienne des Frères Musulmans, dont la devise est : Allah est notre dieu, Mohamed est notre guide, la charia est notre constitution, le jihad est notre voie, et la mort en martyr est notre vœu le plus cher , et cite à l’appui leur emblème : entre les deux sabres, il y a le mot waïdou, qui veut dire préparer, mot clé de la sourate 8 du verset 60, qui préconise de se préparer à terroriser les mécréants, et confirme que le mot terroriser existe bel et bien en arabe. Voilà. Il a donné le la: définitivement le terrorisme islamiste a à voir avec l’islam, il en est bien le cancer, et nous voulons redire à ceux qui persistent dans le déni qu’il est temps d’ouvrir les yeux, d’acter que l’Islam, qui n’ a jamais participé à aucune lutte libertaire, qu’il s’agisse de l’égalité des sexes, de la laïcité, de la lutte contre l’esclavage, contre l’homophobie, du droit à l’avortement, de la défense de la démocratie, qui n’a jamais œuvré pour le progrès de l’Humanité, est intrinsèquement lié à ses propres fossoyeurs, ennemis de l’Humanisme plongés dans la nuit de l’obscurantisme, chantres de la décadence intellectuelle qui osèrent aussi saccager les statues du musée de Mossoul, barbares unis à tous leurs complices, ceux qui n’ont jamais réfléchi à la théologie rétrograde qui sous-tend leur pratique.

CERTAINES BANLIEUES GÉNÈRENT DES ROBINETS A HAINE

Le jour vient où l’Humanité progressiste et libertaire se réveille et s’unit pour les éradiquer comme elle sut jadis éradiquer d’autres pestes, , enfin sortie de sa stupeur par la barbarie qui a précipité le seuil de saturation des Français, ce seuil déjà bien entamé par moult revendications communautaristes, voiles, burqa érigé en mode, hallal imposé, mosquées en qui nous n’avions souvent plus confiance, prières de rue, zones de non-droit, autant de concessions élastiques accordées peu à peu à la communauté musulmane : un ramadan médiatisé par ci, des crèches de Noël contestées par là, cette promesse menace d’incitation à l’enseignement de l’arabe dès le CP, difficulté pour un Malek Boutih de dire que certaines banlieues génèrent des robinets à haine, voilà : tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse. À force de la diaboliser, cette France anonyme qui a tenté de faire de la résistance, à force de se contenter de cautériser ses plaies avec de petites bougies, à force de nous contenter de raconter la diversité arrogante comme je le fis ici moi-même et comme le fit encore ici le papier sur les trains de banlieue, à force d’achever de ridiculiser l’Histoire en souhaitant convier des rappeurs à commémorer Verdun, d’instaurer un état d’urgence de pacotille, nos dirigeants ont attisé une rage ravalée de longue date : nous n’en pouvons plus de voir notre culture lacérée, nous n’avons plus de mots pour qualifier ce qui nous arrive, nous ne supportons plus d’entendre que ça n’a rien à voir avec l’islam, une forme de déprime collective se fait de plus en plus palpable et nous ne cherchons même plus à savoir si son origine est tant Daech que l’impuissance que nous ressentons collectivement face à ce monstre qui avance assurément à grands pas. Cette déprime qui couvait en nous, dont nous sentions bien des signes indicibles nés de l’inertie dans laquelle nous plaça une bonne partie de la classe politique, médiatique et intellectuelle en refusant d’admettre l’évidence et en s’obstinant à laisser s’installer l’équation qui assimilait défense du racisme et défense de la laïcité, ce noble principe qu’on essaya d’opposer à l’islamophobie, dans une sorte de fourre-tout prétendant culpabiliser notre supposée intolérance, nous interdisant longtemps de nous interroger sur le lien entre islam et islamisme, alors même que la tentation était grande d’en parler. D’en parler avec les musulmans. Les supposés modérés. Non je ne prétendais déjà pas m’expliquer avec un islamiste, et ce que dirait Salah Abdeslam, s’il devait parler, s’il s’avérait qu’il eût quelque chose à dire, je n’escomptais pas en apprendre quoi que ce soit : leurs actes avaient parlé. De leur pauvreté intellectuelle. De leurs multiples lâchetés. De leur folie. De leur projet.

NE PAS VOULOIR FAIRE LE JEU DU FN

En somme tous nous en avons assez de l’aveuglement de ceux que nous avons portés au pouvoir, de l’idéologie irresponsable des uns, du clientélisme sirupeux des autres, de leur soi disant obsession commune de ne pas vouloir faire le jeu du FN, espérant justifier ainsi leur immobilisme alors même que c’est cette pusillanimité de l’État qui a stimulé depuis trente ans tant l’essor du premier que celui du fanatisme. La cohésion nationale chantée sur tous les tons par tout un chacun nous savions depuis janvier qu’elle n’était plus qu’une chimère pour les grand-messes du 20 heures, et nous avions compris que si exiger le respect de la nation et de son patrimoine, exiger que des décisions courageuses nous défendent, c’était être réac, alors ainsi en était-il: Ils avaient eu gain de cause, eux les barbares et vous, leurs complices silencieux.

Tous, nous en arrivons à tout mélanger et à nous surprendre nous-mêmes de nos nouvelles incohérences, à nous promettre de revenir à la raison. Le 14 juillet, ma mère, apprenant que sa famille en séjour à Nice était sauve, conclut par un Dieu merci qui nous fit tous unanimement exploser de colère, les athées les agnostiques et même les croyants. Parce que même ceux-là, de quelque bord qu’ils soient, doivent avoir du mal en ce moment. Et le débat de s’enflammer. C’est quoi ces religions qui prétendent nous empêcher d’être enterrés là où nous l’aurions désiré ? Ma belle-sœur, athée, n’aurait pas le droit d’être enterrée dans le carré juif auprès de son mari. Un athée marocain, même né musulman, n’a pas le droit d’être enterré dans des cimetières destinés à accueillir les musulmans : ce fut vérifié lors de l’inhumation du poète amazigh Mohamed Chacha, ce 3 juillet. Le numéro 2 de l’Union internationale des oulémas musulmans (sunnites) rappela que les grands rites en islam étaient tous d’accord pour interdire ce genre d’inhumation, et expliqua que les lieux de sépulture étaient avant tout des terres offertes par leurs anciens propriétaires à l’institut du Waqf, relevant du ministère des Affaires islamiques, pour accueillir uniquement les corps des musulmans, et qu’il était interdit d’accomplir la traditionnelle prière mortuaire sur eux. Latifa Ibn Ziaten avait bien refusé que le cercueil de son fils côtoie, le temps d’une cérémonie d’hommage, celui d’un collègue soldat, non musulman. Le responsable du carré juif d’un cimetière voisin de chez moi a bien osé répondre au mari endeuillé : nous ne prenons que nos juifs, incitant par cette décision décidément fort peu … chrétienne le maire de mon village normand à définir à la hâte notre carré juif.

PROVOQUER LA GUERRE CIVILE

Qu’ont fait les tueurs de Nice Magnanville Rouen et d’ailleurs sinon répondre au cahier des charges établi par l’organisation EI. Aujourd’hui, être lucide, c’est se préparer à d’autres attaques de ce type, et que ce soit l’affaire de toute la Nation, une riposte collective qui serait à la hauteur du moment, un combat sans merci qui déjouerait leur funeste projet : épuiser notre défense et provoquer la guerre civile entre musulmans et infidèles : leur projet, on s’en approche, lisez les commentaires haineux où la parole raciste se libère, rendue légitime par le dernier attentat et exacerbée par la joie mauvaise de ceux qui se réjouissent face au calvaire infligé à cette France qu’ils haïssent.

Comme beaucoup d’entre vous sans doute, je me pose des questions sur l’Etat de droit et l’Etat d’exception. Sur le pacte républicain. Je leur en veux à ces musulmanes de culture ou de confession qui continuent à soutenir, au nom d’un principe de liberté individuelle dévoyé, les islamistes qui portent le voile. Nous ne sommes pas assez nombreux à le combattre, ce tissu devenu étendard, qui relève d’une idéologie obscurantiste, d’une compréhension rétrograde de l’islam, et qui est incompatible avec la Déclaration Universelle des Droits Humains, séparant ostensiblement les hommes et les femmes et désignant toutes celles qui ne le portent pas comme des mécréantes, voire des femmes de petite vertu : Vous mettrez sans doute du temps à le comprendre, comme nos aînés ont mis du temps à comprendre l’horreur du communisme, mais vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous avait pas prévenus, écrit Myriam I, précisant que ce post s’adresse également aux Occidentaux non musulmans qui se sont pris d’affection pour les bâchées et qui croient défendre une minorité opprimée.

LES MONSTRES ENFANTÉS PAR LA PATIENTE STRATÉGIE DE DAECH

Qu’on n’écrive plus impunément, sous prétexte de liberté d’expression, que c’est Journées Portes ouvertes chez Daesh quand on sait tous que le tueur de Nice et l’égorgeur du Père Jacques Hamel sont les monstres enfantés par la patiente stratégie de Daesh. Je ne sais pas vous, mais moi j’en ai plus que ras la casquette d’encore chercher à distinguer l’islamisme de l’islam. Si je n’y suis pas parvenue par un raisonnement qui tienne la route, c’est que je fus bien prétentieuse de vouloir vérifier les écrits de Salman Rushdie qui nous alerta en dénonçant l’aveuglement de l’Occident face à la montée de l’islamisme et à l’intégrisme, assénant, encore récemment, dans L’Express, deux ou trois vérités à ces intellectuels de gauche qui n’avaient selon lui toujours rien compris et dénonçant nos compromis et renoncements. Notre mise à genoux devant les intégristes : Il faut en finir avec ce tabou de la prétendue islamophobie. Pourquoi ne pourrait-on pas débattre de l’islam? Il est possible de respecter des individus, de les préserver de l’intolérance tout en affichant son scepticisme envers leurs idées, voire en les critiquant farouchement. Combattre l’extrémisme, je le répète, n’est pas combattre l’islam. Au contraire. C’est le défendre. Waleed Al Husseini aussi nous répéta inlassablement que les racines même du terrorisme, cette machine de lavage de cerveaux nommée islam, n’étaient pas à comprendre, l’islam étant en lui-même le problème, et la seule issue étant de promouvoir de nouvelles techniques d’interprétation des textes sacrés, d’interroger le texte coranique, son impact et sa portée ainsi que la place de la charia dans le corpus législatif, noble enjeu qui place l’Occident face à ses contradictions et les musulmans face à leurs limites, lesquelles ne seront dépassées que si l’on s’affranchit du règne de l’intouchable, de l’indiscutable, de l’islamophobie et autre stigmatisation. Quant à Boualem Sansal, il en est à se demander si l’humanité n’est pas fatiguée de la liberté. Comme si les gens voulaient de l’ordre. Interrogé sur 2084 qui dénonce le système de pensée unique sévissant en Algérie, il déplore qu’en Europe aussi s’installe une sorte de police de la pensée, une sorte de dictature qui n’est pas tellement visible mais qui est là au motif de la peur du terrorisme et pointe du doigt ce qui dans les religions relève du système totalitaire : À un moment donné, la religion rencontre la politique. De telle sorte que la religion devient un instrument de pouvoir. Evoquant le Coran, il dénonce sans faux parler cette injonction à faire une lecture littérale des textes, nous amène à constater avec lui que l’islam radical, régnant aujourd’hui sur une partie du monde, y a imposé sa loi et ses contraintes, nous ramenant à cette obligation coranique d’un islam qui ordonne aux musulmans de convertir le monde entier[2]. L’écrivain algérien conclut en reprochant justement à la France de prétendre combattre le terrorisme islamiste tout en développant des relations troubles avec les monarchies arabes qui le financent. Le Premier ministre israélien n’est pas de reste, mettant hier en garde, sur Itélé, contre une contagion de la peste du terrorisme en France et en Occident si les démocraties ne restaient pas solidaires entre elles. Et the last but non the least : est-ce bien à la reine de Jordanie de parler, chez nous, pour mettre en garde les musulmans modérés contre l’idéologie diabolique des islamistes[3] ? Osant en somme dire ce que nous n’osons dire.

L’ISLAMISME GÉNÈRE LE TERRORISME

Qui va le dire ? Le faire ? Quand ? Tout le monde admet que l’islamisme, sans qu’il en ait le monopole, génère le terrorisme. L’Algérie en fut le témoin douloureux. Pourtant il n’est pas de bon ton de dire que l’islamisme c’est l’Islam, alors même que, de même que l’Inquisition était le christianisme, l’islamisme, c’est aussi l’islam. A cause de ce texte lu, interprété, réinterprété. Et qui profère autant de versets poétiques que d’horreurs. Qui ne compte que deux catégories métaphysiques : les croyants et les mécréants, devenant dès lors une théologie obscurantiste et liberticide qui insulte l’intelligence. Au nom de quoi devrait-on ne pas confondre islam et islamisme, dans la mesure où les pires horreurs sont commises au nom du premier et sont glorifiées par le deuxième. Si les protestants, depuis la Réforme, ont su renoncer à l’interprétation littérale de certains textes, si   l’Eglise catholique s’est adaptée à la modernité, pourquoi l’Islam en serait-il définitivement incapable, pourquoi continuerait-il à exécuter ceux qui se sont essayés à prouver que l’islamisme était une interprétation maladive de l’islam. Pourquoi, en Islamie aussi, cette seule liberté de conscience, ce droit vital d’adhérer à la religion par intime conviction, par choix, n’existerait-il pas bientôt. Et n’est-ce pas insulter les musulmans que de nier leur capacité à faire sauter le dogme du Coran incréé, émanant de Dieu seul, seule condition d’une possible réforme.

Je parlerai encore de l’islamisme et de ses liens avec l’Islam. J’en parlerai tant que la laïcité, l’égalité femme- homme et l’Education républicaine publique seront bafoués puisque ignorés par ce que certains veulent encore appeler un courant religieux, et je répèterai que son nom est Islam. Ce chantage, ce coupable, tel qu’il est enseigné, prêché, instrumentalisé aujourd’hui, au vu et au su de nous tous, complices de ce kit de pensées assorti d’un devoir de tuer quiconque ne s’y plie pas. Et Portes ouvertes à Daech aura beau nous expliquer que pour l’État islamique, l’occasion aurait simplement fait le larron car l’homme n’avait pas la carrure d’un de ses soldats, nous n’écouterons plus car nous savons désormais qu’il n’est nul besoin d’être théoricien ou spécialiste des sourates du Coran, et qu’il suffit d’être de la race d’un Salah Abdeslam que son avocat décrit comme un petit con. Et nous, face à ces petits cons éminemment dangereux, nous ne nous laisserons plus berner, nous complaisant dans un interminable débat où des Raphaël Liogier répétaient que la France était le seul pays où une femme voilée faisait débat, nous disputant copieusement autour du squelette d’une dite loi travail pendant que de gros fainéants restaient debout la nuit et s’autorisaient à expulser de leur autel Alain Finkielkraut et que d’autres, se trompant ignominieusement d’ennemi, s’en prenaient à la police ou à l’hôpital Necker.

ON HÉRITE DES POLITIQUES QUE L’ON MÉRITE

Tout cela pendant que, à notre image puisqu’il s’avère que l’on hérite des politiques que l’on mérite, ceux-là oublièrent vite l’union nationale et s’empoignèrent dans un pitoyable débat sur la déchéance de nationalité. Ce faisant, tout le monde, vous, eux et moi oubliâmes d’empoigner à tout va la question de la lutte contre ce terrorisme qui assassine nos enfants, nous contentant de nous complaire dans un fatalisme défaitiste au lieu de nous demander enfin ce qui nous arrivait ici bas.

Les yeux décillés, nous relirons de plus près le Rapport Génération radicale de Malek Boutih, en ferons peut-être un document de travail, un constat de base auquel il faudra cette fois annexer toute la série de renoncements, qui, depuis 40 ans, ont conduit à la situation actuelle, vous savez, ces renoncements successifs concernant l’école, la justice, la police, le sens de l’autorité, la laïcité, et j’en passe. J’en passe comme je passerai sous silence le principe d’exemplarité des hommes et femmes politiques, si piétiné avec notre bon accord : ces délinquants en cols blancs, nous les avons portés là où ils sont.

Cessons d’osciller entre ces deux extrêmes, le racisme musulman et le déni, comme si n’existaient que ces deux positionnements. Cessons de parler de types d’attaques innovants lorsque tous nous savons qu’Israël, entre autres, est coutumier de ces assassinats à la voiture bélier, et, logiquement futures victimes d’attaques au couteau, inspirons-nous de ce pays. Cessons de compter si les proclamations et actes de l’État islamique visent davantage les juifs ou les homos et reconnaissons haut et fort que sous nos yeux triomphe la terreur, enfant de la bêtise, de l’ignorance et de l’inculture, bref du néant de l’esprit. Cessons enfin de nous résoudre à l’idée que la mondialisation va conduire l’islamisme au pouvoir dans une cinquantaine d’années, même si c’est Boualem Sansal qui l’écrit, et décidons que nous empêcherons que le monde devienne un terrifiant Abistan, ce lieu funeste soumis à la cruelle loi divine d’un dieu qu’on prie neuf fois par jour et où sont châtiés publiquement les apostats et enfanté par la résurrection inattendue de l’islam et envisageons l’auteur de soumission comme un lanceur d’alerte. Si nous avons eu raison du communisme nous saurons vaincre l’islamisme, à condition de le nommer, le dénoncer, pour pouvoir ensemble l’éradiquer, ce système totalitaire qui s’effondrera comme les autres. Si l’Italie expulse ses imams radicaux, pourquoi les droits de l’homme nous en empêcheraient-ils. Oui nous avons le droit de nommer barbare l’ennemi djihadiste: il l’est, il a à voir avec la religion, il est un défi sans précédent qu’il est important de nommer pour l’éradiquer. Et tout cela, j’en parlerai avec mes amis arabes, les athées et ceux qui croient et portent la voix autant que nous pour dénoncer cet islam dans lequel ils ne se reconnaissent pas. Combattons-le, cet indéfendable angélisme de gauche, naïf et coupable de ne pas voir le danger, lorsque notre agresseur est peut-être notre voisin et que notre ennemi est immergé au sein de la population de nos villes. Ne laissons plus Liogier expliquer à qui veut l’entendre que l’acharnement de Daech sur la France est lié à l’intolérance des Français, seuls en Europe, par exemple à s’offusquer de la mode islamique et acceptons avec Valérie Toranian de reconnaître que notre démocratie est prise en otage par des individus qui connaissent trop bien nos prudences, nos précautions, notre embarras, notre crève-cœur à assumer un État fort et, de même que nous nous refusons à faire meeting commun avec Civitas ou la LDJ, de même prenons clairement nos distances avec le CCIF et les Marwan Muhammad ou les Tariq Ramadan. Prenons en compte les textes mis en ligne depuis 2005 par ce djihadisme de troisième génération qui annonçait clairement son objectif et empêchons-le de l’atteindre, anesthésiés que nous étions par un demi-siècle de paix et aujourd’hui clivés.

DES SOLDATS NI RECRUTÉS, NI FORMÉS, NI APPROCHÉS

Vous et moi. Qui allons apprendre, comme les israéliens, à vivre avec ceux-là qui ont entendu l’appel de Daech à utiliser un camion comme une tondeuse à gazon[4] et à aller dans les endroits les plus densément peuplés pour, prenant le maximum de vitesse tout en gardant le contrôle du véhicule, y maximiser le carnage et prévoir des armes à feu pour, une fois le camion immobilisé, achever les survivants. Vous et moi qui ne voulons plus entendre parler de loup solitaire parce que nous avons appris que Daech tire sa spécificité de n’être plus en obligation de donner des ordres et que ceux-là qui nous assassinent sont les soldats d’un nouveau type, ni recrutés, ni formés, ni même approchés, comme l’a bien expliqué BHL. Vous et moi à qui importe dans l’immédiat, bien plus que le pacte dont parla entre autres Alain Juppé, qu’à l’image de la Suède, l’ employé de l’État qui refuse de serrer la main de ses collègues femmes soit renvoyé, qu’un Tariq Ramadan soit interdit ici comme il l’est en Mauritanie entre autres, que face à l’insidieuse infiltration des salafistes, nous cessions d’être décontenancés, que le CCIF soit dissous. Parce qu’il incite à la haine. Parce qu’il interdit toute critique salutaire de l’islam alors qu’il est urgent de réformer le livre jaune au nom duquel agissent les nouveaux assassins, appliquant ses versets et préceptes, notamment ceux dits de l’ épée et la haine, parce que les racines du mal sont bien dans ce texte, photographie du conflit de deux métaphysiques, les amants de la mort, de l’abjection et de la soumission d’un côté, qui disent que tout est écrit, face aux autres, qui refusent tout fatalisme, aiment la vie et sauront relever la tête. Vous et moi qui accepterons, avec Malek Boutih, de croire que nous détecterons ceux qui frapperont car ils portent les idées qui mènent au radicalisme: Je veux parler de la propension au complotisme, à l’antisémitisme, à une vision radicale de la religion, à un discours anti-patriotique et anti-français. Les détecter ainsi en amont, qu’il s’agisse ou pas d’un adepte de la taqiya, de soldats du califat ou de ses lions, les premiers comme les autres ayant obéi au long message audio diffusé en septembre 2014 par Al Furqan, où Abou Mohammed Al-Adnani exhorte les bons musulmans : Levez-vous, monothéistes […] Attaquez les soldats des tyrans, leurs forces de police et de sécurité, leurs services de renseignements et leurs collaborateurs. Si vous ne pouvez pas faire sauter une bombe ou tirer une balle, débrouillez vous pour vous retrouver seul avec un infidèle français ou américain et fracassez-lui le crâne avec une pierre, tuez-le à coups de couteau, renversez-le avec votre voiture, jetez-le d’une falaise, étranglez-le, empoisonnez-le, ne laissant aucun doute concernant le lien intime entre l’islam politique et un texte qui appelle à l’asservissement et l’extermination des non-musulmans, et cessons de faire accroire qu’il s’agit là d’une religion comme une autre lorsqu’il y va de la stratégie de la mouche[5].

LA RÉPUBLIQUE NE DOIT PAS TREMBLER

Combattre le terrorisme en nous forgeant un esprit de résistance implique un changement de nos mentalités, écrit Eric Delbecque[6] sur son site www.intelligences-croisees.com , nous expliquant qu’il nous faut désormais apprendre à vivre dans des sociétés vulnérables, retrouver hélas le sens du tragique, briser nos schémas mentaux, assimiler l’idée que Daech, vaste machinerie propagandiste, fournit aux terroristes une source d’inspiration intarissable, penser le terrorisme à l’heure du réseau. Ce qui implique la pulvérisation de notre raisonnement traditionnel, la conscience exacte que nous faisons tous face à une multitude d’acteurs malveillants susceptibles de choisir un objectif et d’exécuter de manière relativement autonome une opération allant du massacre de masse à l’assassinat ciblé. Alors oui, je me sens proche des signataires de la Tribune publiée dans Marianne : Face à l’islamisme, la République ne doit pas trembler, donc de Mahomet Sifaoui, de Zineb El Rhazoui, Boualem Sansal, Waleed Al Husseini et tant d’autres, lorsqu’ils nous disent que l’islam est un choix spirituel personnel et intime, que l’islam ne s’hérite pas et ne se lègue pas, et que, quand bien même cette instance préfabriquée serait représentative, elle ne peut représenter qu’une minorité incapable de faire passer un message remettant en cause ces dogmes archaïques et parfois violents qui constituent ce que le regretté Abdelwaheb Meddeb appelait « la maladie de l’islam », en l’occurrence l’islam politique, et nous implorent de ne pas céder au chantage à l’islamophobie, cette escroquerie intellectuelle qui vise à instaurer une sorte de délit de blasphème déguisé, à anesthésier et atrophier le débat, interdisant toute critique, rappelant que la culture de la violence est consubstantielle à tous les courants de l’islam politique et réfutant dès lors l’idée même d’un islam modéré, car refusant de reconnaître qu’ils partagent avec ces terroristes le même coran, conjurant de ne pas céder à l’idée d’une République déstabilisée et ébranlée par l’hydre islamiste, ce nouveau péril intérieur. Eux, comme nous, croient en un islam spirituel, refondé, qui se différencie clairement de l’islamisme, ce totalitarisme, ce fléau menaçant.

La créera-t-on, cette commission nationale de défense associant les principales forces politiques de la majorité et de l’opposition dans la définition des futurs choix stratégiques de défense, unies en une réponse globale face à ce même ennemi, ou serons-nous vulnérables à en mourir, colosse aux pieds d’argile.

Sarah Cattan. Paru en 2018

[1] Publié dans le quotidien koweïtien Al-Rai, traduit par l’Institut de Recherche Médiatique du Moyen-Orient (MEMRI).

[2] Propos recueillis le 1er juin 2016 par Emilie Kauff, www.lepetitjournal.com/cologne

[3] Rania de Jordanie était l’invitée d’honneur de l’université d’été du Medef, à Jouy-en-Josas.

[4] Ce sont les propres termes de son magazine de propagande.

[5] Etablie par Yuval Noah Harari, l’auteur de Sapiens.

[6] Eric Delbecque, auteur de Idéologie sécuritaire et société de surveillance, Editions Vuibert, 2015.

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