
« Souviens-toi, Souviens-toi, Souviens-toi« : 168 fois dans La Bible.
Qui connaît, qui se rappelle du massacre de Babi Yar (« ravin des bonnes femmes »), ce lieu où fut perpétué le premier grand massacre des Juifs par les nazis et leurs alliés locaux ?
Babi Yar est unique dans l’histoire de la Shoah, du fait de sa performance morbide : 33 771 Juifs, femmes et enfants compris, liquidés en l’espace de deux jours. Brutalisés par la police ukrainienne, forcés de se dévêtir et de s’aligner au bord du ravin de 150 mètres de long, 30 mètres de large et 15 mètres de profondeur, vague après vague, ils sont tombés sous les balles, leurs corps s’ajoutant à ceux des êtres qui, un instant avant eux, avaient été … fusillés.
Il a fallu attendre la publication du poème du Russe Evgueni Evtouchenko, « Babi Yar« , en 1961, pour que le monde en parle enfin. Puis la célèbre « Symphonie n° 13″ du compositeur Chostakovitch.

« Sur Babi Yar, pas de monument. (…)
J’ai aujourd’hui le même âge
que le peuple juif.
Il me semble là – que je suis juif.
Me voici errant dans l’ancienne Égypte,
Là agonisant, sur cette croix,
Dont, jusqu’à ce jour, je porte les stigmates.
Il me semble
que Dreyfus, c’est moi. (…)
Il me semble – que je suis Anne Frank. (…)
Je n’ai pas une goutte de sang juif.
Mais, détesté d’une haine endurcie,
je suis juif pour tout antisémite. (…) »
(E. Evtouchenko)
Aujourd’hui, 80 ans plus tard, seule la sculpture d’un chandelier à 7 branches indique le lieu du crime. Et l’Histoire, qui assiste au retour de l’antisémitisme, attend toujours un monument, un mémorial.
Lundi 21 juin 2021, profitant du passage à Paris du président de la communauté juive d’Ukraine Vadim Rabinovitch, et à l’approche du 80ème anniversaire de cette tragédie, le Sénat organise une rencontre pour préserver et faire connaître la mémoire du massacre de Babi Yar.
© Marek Halter