Tribune Juive

Haim Korsia-Mikaël Journo : la controverse (2)

Paul Levy

Cher.e.s Ami.e.s

Le texte publié par le rabbin Mickaël Journo répondant à la tribune du grand rabbin de France, Haïm Korsia, démontre, de toute évidence, une lecture superficielle, voire tendancieuse, du texte qu’il incrimine.

Son auteur a voulu instrumentaliser les trois principales préoccupations des Juifs français en les sortant de leur contexte historique et politique, lorsqu’il aborde l’antisémitisme, la France sous Vichy et l’Alyah en Israël.

Si son regard avait été quelque peu averti, il aurait pu constater que l’antisémitisme qui sévit en France reste essentiellement le fait de l’islamisme radical qui a frappé aussi bien les enfants de Toulouse, les clients de l’Hypercacher que les journalistes de Charly-Hebdo et les spectateurs du Bataclan. Toute la société française, voire européenne, est touchée par ce fléau. Ces attentats ne sont pas la conséquence de l’antisémitisme traditionnel de l’extrême droite. Il s’agit avant tout du rejet des principes républicains et de la volonté de créer un particularisme islamiste.

Cependant, les gouvernements français tiennent compte de la spécificité des attaques antijuives en protégeant nos écoles, nos synagogues et nos institutions. La création d’une délégation interministérielle de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, la DILCRAH en liaison avec le Bureau de vigilance, le BNVCA, permet d’inventorier les agressions antisémites et de poursuivre leurs auteurs. Enfin, la loi sur les séparatismes, actuellement débattue, va tenter de limiter les atteintes islamistes aux valeurs et aux principes de notre société.

Autre confusion qui est sans doute due à sa méconnaissance de la réalité historique, lorsque le rabbin Mickaël Journo évoque le rôle de Vichy. Fait indéniable, le gouvernement de Vichy a collaboré avec l’Occupant. Cependant, dans son remarquable discours du 16 juillet 1995, le président Jacques Chirac nous a rappelé que la : « France, une certaine idée de la France, droite, généreuse, fidèle à ses traditions, à son génie. Cette France n’a jamais été à Vichy ». La France que nous aimons et pour laquelle nous avons combattu se trouvait à Londres et dans la Résistance intérieure. Après les déportations les plus importantes de l’été 1942, le pasteur Boegner de l’Eglise Réformée, Mgr Saliège, archevêque de Toulouse, Mgr Théas, évêque de Montauban et bien d’autres forces spirituelles et politiques se sont dressées contre les persécutions antijuives, menées par Vichy et les Nazis.

Grâce à leurs actions de sauvetage, c’est en France que nous trouvons le plus grand nombre de Justes de l’Europe occidentale. Deux tiers des Juifs qui vivaient en France ont été sauvés grâce au courage, « au péril de leur vie », de ces hommes et de ces femmes. Contrairement aux Pays-Bas où hélas, les 75 % de la population juive a disparu.

Autre question instrumentalisée par le rabbin Mickaël Journo, car il sait, combien elle nous est chère, à nous Juifs de France ! En dramatisant volontairement la situation des Juifs français, mêlant confusément évènements récents et histoire passée, il a voulu nous faire croire que le grand rabbin Haïm Korsia nous mettait en garde contre l’Alyah. Bien au contraire, si sa lecture avait été un peu plus attentive, il aurait pu lire ces lignes écrites par le grand rabbin qui soulignait l’importance de l’Alyah : « ce projet que nous aidons en enseignant dans nos synagogues et dans nos institutions un sionisme et un amour d’Israël ». De même lorsqu’il évoque une Alyah consciente : « un choix de vie, un choix spirituel, un choix idéologique, un choix libre et positif ».

Autrement dit, Cher.e.s Ami.e.s, je trouve excellent le texte du Grand Rabbin de France, qui répond clairement à nos interrogations de Juifs français. Quant au texte du rabbin Mickaël Journo, en y introduisant des confusions, que je n’ose croire volontaires, il crée des divisions entre nous, Juifs de France, au lieu de nous réunir. Ne serait-ce pas le rôle d’un rabbin que de rassembler ?

Paul LEVY                                                                                                            Président du consistoire régional du Centre Ouest                                   Historien et Editeur

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