Tribune Juive

Antoine Desjardins. *Déboulonner la Marâtre*

Un maître de l’enseignement secondaire me disait tantôt :
Il ne faut pas être injuste : ce que les pédagogistes et les scientologues de l’éducation m’ont aidé à comprendre, c’est que la Syntaxe peut être considérée comme une marâtre d’extrême-droite, ennemie du Peuple.

C’est un point essentiel.

Je savais depuis longtemps que la littérature ne lui voulait pas du bien mais je n’avais pas pris la mesure du carcan tyrannique que constituait la seule Syntaxe.

Non contente d’articuler distinctement et d’établir des relations hiérarchiques entre constituants, elle contribue à brider l’expression libre et spontanée de la pensée.

Elle cloisonne ce qui devrait demeurer à l’état continu et fluctuant, elle empêche ce qui surgit de neuf : la Révolution.

La Syntaxe, j’en ai conscience, est une construction arbitraire, une mauvaise institution qui reconduit sournoisement toutes les formes de domination.

Faut-il rappeler aussi l’analyse prétendument logique (il faudrait dire sexiste et suprémaciste) qui fait apparaître dans les phrases complexes (il faudrait dire bourgeoises, car la complexité est d’essence bourgeoise) des …subordonné.e.s.

Ainsi donc il y aurait des phrases dites Principales qui soumettraient et subjugueraient des…subordonnées ? N’y a-t-il pas là clairement un éloge déguisé de la tutelle, du protectorat paternaliste et patriarcal et finalement de l’esprit colonial. Pourquoi donc une proposition devrait-elle se régler sur une autre et consentir à ce joug ?

Il convient de ne plus enseigner un système qui se complaît à faire perdurer une institution qui discrimine et hiérarchise.

Nous voilà tous de nouveau libres et égaux.

Antoine Desjardins

Professeur de Littérature Antoine Desjardins est co-auteur de “Sauver les lettres – Des professeurs accusent” (Editions Textuel). Membre du Comité Les Orwelliens, il écrit dans le Figaro Vox, Marianne, Causeur.

© Antoine Desjardins

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