Tribune Juive

Sarah Cattan. « Vous, les Juifs », me dit-il

J’avais avec cet « ami Facebook » des relations de confiance. D’estime. Je l’avais publié sur TJ une ou deux fois : je le trouvais intéressant, un brin provocateur, mais solide dans son argumentaire. Nous l’appellerons ici « Lui« .

J’ai commencé à le trouver de fort mauvaise foi lorsque, récemment, j’ai publié la réaction de Robert Badinter, indigné qu’il était de voir la tête du Président sur des piques.

Logiquement, le débat aurait dû s’engager sur les raisons et le sens de cette violence inédite, mais non : Lui, escorté de deux ou trois acolytes, ne voulait voir qu’une chose : Badinter était un Juif de Cour. Et d’ailleurs, son abolition, ne faudrait-il pas revoir la chose, poursuivait un de ses amis, lequel n’avait pas, le pauvre, compris que le principe-même ne pouvait souffrir d’une exception quelle qu’elle fût. Bref: Ce fut la fête à Badinter. Etrangement.

Quelques jours après l’anniversaire de la libération d’Auschwitz, mes drôles d’oiseaux remontèrent au créneau. Surtout le premier donc. Vous savez? Lui.

Il prétexta cette fois un court papier où je faisais mention du documentaire « Les Passeurs de Mémoire » réalisé par Claude Bloch, psychiatre de son état.

Et il m’apostropha ainsi :

Certains lui rappelèrent que les juifs n’exigeaient rien… Que c’était l’humanité qui l’exigeait… D’autres demandèrent si en Corée du Nord on gazait les enfants. Si on les brûlait. D’aucuns s’offusquèrent de ces comparaisons où tout valait tout.

Mais un ses amis vola à son secours et lança : Très bonne remarque. J’ajouterai que si nous prenions, parce que concernés et oh combien, la tête d’une action de mémoire contre tous les crimes de masse de l’esclavage aux guerres de religion en passant par le goulag, la Syrie, les khmers rouges, les arméniens, si nous pouvions créer un collectif et en être à l’initiative, ça fermerait la porte à la Mise en concurrence mémorielle si coupable de frustrations dangereuses. Sic.

Moi, je gardais en mémoire la question posée par Irène Saya dans Revue d’Histoire de la Shoah[1], lorsqu’elle se demandait comment les élèves de terminale intégraient les connaissances acquises sur la Shoah lorsqu’ils abordaient la philosophie, et comment le prof de philo s’en sortait, parlant de la destruction de l’homme à l’état de chose, et introduisant alors forcément le doute quant à la pérennité d’idées philosophiques qui ne pouvaient qu’en sortir … à tout le moins … ébranlées.

La même avait rappelé que Georges Bensoussan nous avait fait prendre conscience que la Shoah n’était pas une histoire juive, ni même une histoire allemande, mais une histoire humaine.

Bensoussan qui répondait dans Le Figaro, la semaine dernière, Que La Shoah constituait une rupture dans l’histoire humaine. Que la diabolisation du Juif avait abouti à cette ontologie du mal qui décrétait qu’un peuple était en trop sur la terre.

Allons. Pour alléger mon propos, je m’en vais tout de même vous citer cette anecdote racontée sur le fil : Une amie : une Amie… je répète :  » une Amie »… pleine de sollicitude… et qui ne me veut que du bien… qui souhaite « me protéger  » … qui est scandalisée … et ne comprends pas cette montée de l’antisémitisme…alors cette amie me conseille  » d’enlever cette chose que j’ai à ma porte et qui est une provocation  » et  » de mettre cette chose à l’intérieur, car les voisins n’ont pas à savoir ainsi … qui tu es « ….


Et puis cette autre:  » Hôpital St louis oncologie. Elle cherche sur sa liste mon Endocrino, Cohen. Elle ne trouve pas celle-là et là elle me dit avec un regard entendu: Vous savez, chez les médecins, les Cohen, il y en a énormément. Le tout en levant les yeux au ciel.

[1] 2010/2 (N°193), pages 263 à 288.

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