Bon
Vendredi
Chabbat
Chabes
Je ne dois ma survie qu’à mon savoir-faire, ma ruse et ma détermination.
Prise en otage par trois cruels radicalisés, j’ai subi pendant trois jours tests violents et interrogatoires serrés.
Petit florilège
Le garçon, pas très grand était en charge du questionnement. Celui ci s’apparentait d’assez près à ce que peut cracher une kalachnikov entre les mains d’un terroriste impatient.
A quelle heure on sort
T’as pris les Kinders
Ou sont mes chaussettes
T’as de la ficelle
Des ciseaux
Du scotch
Non, pas du scotch, de la colle
T’as des feuilles
De la peinture
Des feutres
Des pansements
De l’Ice Tea
Ou est le chargeur
T’as de la crème de marron
Pourquoi c’est pas moi qui dors dans le lit Spiderman
T’as pas un autre dentifrice
Le tout relayé par un commando féminin entraîné à une stratégie plus souterraine:
Au bain
Attends
A table
Attends
On s’habille
Attends
On va au parc
Attends
On va au cinéma
Attends
Au lit
Attends
Cette tactique du vrillage de nerfs est extrêmement performante et m’a en quelques heures laminé la patience et l’entendement …
Puis les chausse trappes de la rue et du parc…
Ils marchent en regardant derrière eux, butent, manquent se cogner dans tous les poteaux, mais repèrent sans faille une flaque d’eau résiduelle dans laquelle ils se jettent avec délices en s’éclaboussant d’eau et de rires.
Ils font sans fin des tours de manège en me saluant chaleureusement à chaque passage comme si on venait de se retrouver après des mois de recherche.
Ils observent les canards et leurs bébés, les photographient avec attendrissement,empruntent des chemins secrets sur lesquels ils s’élancent comme s’ils avaient le FBI à leurs trousses , m’obligeant à une cavalcade effrénée, le sac de goûter dans une main, une trottinette dans l’autre.
Zoé court aussi vite que les grands, mais moins solide sur ses jambes m’inflige des frayeurs qui raccourcissent de quelques années mon espérance de vie d’une française lambda légèrement cholesterolémique.
Romy a des bouffées de nostalgie de son chien et nous devons téléphoner en urgence et en Face Time pour s’offrir un shoot antalgique d’Oreo.
Ils sont les rois de l’automédication.
J’ai mal au genou, donne moi du Doliprane.
Regarde mon bobo, faut mettre de la crème.
Je les rendrai aux parents couverts de pansements cachant des plaies scrofuleuses qui leur arrachent cris et gémissements.
Ils mentent, m’arnaquent, me font moult clins d’œil, se dénoncent comme des collabos de la première heure, nouent des alliances aléatoires bousculées par une réalité qui renverse le concordat, trichent au jeu, me regardent perdre avec jubilation, et me demandent si on va bientôt retourner sur l’impériale de cet autobus à touristes qui nous a fait faire le tour de Paris , eux tremblant d’excitation, moi de froid.
Je n’ose poursuivre la litanie de ces agissements de peur de vous lasser ou de vous inspirer une saine compassion pour une aïeule sans défense livrée aux turpitudes de vauriens sans pitié …
Mais les rouages psychiques humains n’ont pas encore livré tous leurs secrets , puisque un mécanisme mystérieux apparenté selon les experts à un masochisme aggravé, me conduit à ranger dans un tiroir précieux de ma mémoire ces heures de bonheur sans mélange où j’ai goûté chaque seconde ces inqualifiables tortures.
Si Alzheimer devait m’arracher mes souvenirs, j’aimerais qu’il me laisse intactes ces heures de cris, de menaces, de rires, d’impatience, de vociférations, de cavalcades et d’étreintes si intenses qu’elles tracent un sillon de miel sur le cœur et l’âme..
Que cette journée qui signe la fin de la traversée du désert en préfigurant les ventrées de spaghettis compensatoires qui se profilent..
Chabbat Chalom
Git chabes
Je vous embrasse
Michèle Chabelski
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